Mémorial du mur des fusillés d'Arras

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Du 21 août 1941 au 21 juillet 1944, 218 patriotes furent fusillés par les Allemands dans les fossés de la Citadelle d'Arras. Quatre en 1941, quatre vingt treize en 1942, quarante trois en 1943 et soixante dix huit en 1944. Le plus jeune de ces martyrs avait 16 ans et demi, il s’appelait Julien Delval ; le plus âgé avait 69 ans, il s’appelait Henri Quéval.

Les fusillés appartenaient à neuf nationalités différentes : 189 Français, 15 Polonais, 5 Belges, 3 Soviétiques, 2 Portugais, 1 Italien, 1 Hongrois, 1 Tchèque, 1 Yougoslave. Toutes les catégories sociales étaient représentées : 1 prêtre, 7 enseignants, 10 artisans, commerçants, 11 cultivateurs, 16 employés, fonctionnaires, 10 cheminots SNCF, 33 ouvriers, 130 mineurs.


Le mémorial

Le mémorial se situe dans les fossés de la Citadelle d'Arras.

Le seul monument présent dans le mémorial est un poteau, réplique aussi exacte que possible de celui auquel furent attachées les victimes.

Par ailleurs, 218 plaques fixées le long des murs de la citadelle rappellent le nom des victimes.


L'entrée du mémorial

Sculpteur : Cazaubon

Architecte : Maigran

Texte de l'épitaphe :

À l’entrée du mémorial une plaque rappelle :

« In Memoriam. 218 patriotes de toutes origines ont été fusillés de 1941 à 1944 dans les fossés de la Citadelle d’Arras. Vous qui venez en ce lieux, gardez en vos mémoires le souvenir de leur martyre. »

« In Memoriam. 218 patriots off all origins were shots in the ditches of the Citadelle of Arras between 1941 and 1944. You who come to this place are asked to remember their sacrifice. »

« In Memoriam. 218 patriote von allen herkunften sind in graben der Zitadelle von Arras von 1941 bis 1944 erschossen worden. Sie die diesen ort besichtigen behalten sir in ihrem gedechtnis die erinnerung ihrer marter. »

Prélèvement de terre en 1951

En octobre 1951, "un prélèvement de terre sanglante du sacrifice des héros de la résistance a été opéré en présence de Fernand Derome, attaché au cabinet de Guy Mollet, ancien vice-président du conseil, député-maire d'Arras, là où les 220 héros de la résistance ont été fusillés pour que la France vive. C’est M. Vélu, ingénieur des ponts et chaussées, représentant le groupe OCM, qui a de ses propres mains prélevé la terre encore humide du sang de tant de héros pour la déposer dans une urne qui sera transportée à Châteaubriand. Cette cérémonie c’est déroulée en présence de MM. le colonel Roger Troy, du lieutenant Morival et du comité de libération d'Arras. L’honneur de sceller cette terre d’Artois est revenu à M. Besnier, secrétaire du comité de libération, interné par les Allemands. On remarquait la présence de MM. Leclercq, maire, et son adjoint d’Aubigny, Lepoivre, maire de Courrières, Vandeville, maire d'Oignies, qui étaient porteurs de la terre sacrée de leur commune où tant des héros se firent tuer pour lutter contre l’envahisseur. La terre prélevée par M. Vélu a été puisée derrière le poteau symbolique là où les pelotons d’exécution nazis opérèrent leur sinistre besogne."[1]

L'inauguration

Inauguration du poteau élevé à la mémoire des patriotes fusillés à la Citadelle le dimanche 13 juillet 1947, par le Président de la République.

Discours de Guy-Mollet, député-maire

Discours de Guy Mollet lors de l’inauguration du mur des fusillés de la citadelle d’Arras[2] :

« Monsieur le Président de la République,

C'est comme président du comité d’érection de ce mémorial qu’il m’est donné de vous accueillir ici, et je sais être l’interprète de tous les membres de ce comité, du Comité départemental de Libération et de tous les résistants de notre région en vous disant simplement combien nous avons été sensibles à votre acceptation d’honorer de votre présence l’inauguration de ce mémorial. Je n’essaierai pas d’interpréter les sentiments qui peuvent nous animer les uns et les autres, je voudrais me borner à vous dire l’esprit qui était le nôtre quand nous avons établi le projet de ce monument.

Nous étions réunions, parents ou familiers de ceux dont nous honorons aujourd’hui la mémoire et nous voulions que leur souvenir se perpétua sans toutefois que soit changé le cadre sur lequel leur regard se posa pour la dernière fois. Nous voulions que ceux qui après nous feront se pèlerinage retrouvent au cœur l’angoisse qui nous étreint chaque fois que nous descendons seuls le raidillon qui nous amène ici. Il faut que nos enfants et les enfants de nos enfants viennent y puiser l’horreur de la barbarie et du fascisme, mais il fat surtout que ceux qui ont aimé nos martyrs retrouvent ici les lieux que nous avons connu lorsque dès les premières heures de la libération nous sommes venus identifier les corps de ceux que nous chérissons.

C’est pourquoi nous avons souhaité et obtenu le classement de ce fossé ; c’est pourquoi nous avons décidé le maintien de l’ensemble dans l’état même où il se trouvait et où il se trouve encore : c’est pourquoi enfin le seul monument prévu sera ce poteau, réplique aussi exacte que possible de celui auquel ils furent attachés.

Je voudrais ne rien dire qui puisse réveiller trop cruellement la douleur des membres de leurs familles et pourtant ce serait manquer à l’hommage que nous leur devons que de ne pas rappeler qu’ils sont 217 qui descendirent un matin jusqu’ici pour ne plus remonter ; 217, qui souvent après des mois de tortures physique et morale, s’écroulèrent sous la rafale meurtrière, avec aux lèvres une dernière chanson, un dernier défi, un dernier cri d’espoir et parfois aussi le nom d’un être cher.

Oui, 217 représentant 70 communistes du Pas-de-Calais, non pas que tous les héros de notre département soient tombés ici, des centaines et des centaines d’autres ont trouvé ailleurs, sous les feux d’autres pelotons, sous les coups des bourreaux ou dans les bagnes nazis, une mort aussi terribles et aussi glorieuse, mais ici même, dans ce seul fossé, notre département a payé un lourd tribut à la lutte contre l’oppression.

Oui, du 21 août 1941 au 21 juillet 1944, 217 de nos camarades sont tombés ici, parfois les familles en étaient prévenues, parfois même la presse servile et des affiches proclamaient ces assassinats comme s’ils avaient pu croire abattre le moral de notre population ; parfois par contre, le forfait était caché, les nôtres abattus sans procès, les corps enfouis et l’emplacement recouverts d’herbe et de buissons. Ils étaient, nos camarades, aussi différents qu’il est possible de l’être par l’âge, par l’origine, par le milieu social. Un enfant de 16 ans, un vieillard de 70 ans, des intellectuels, des ouvriers, des paysans.

Écoutez plutôt : un professeur, un prêtre, 11 ruraux, 14 employés ou fonctionnaires, 9 cheminots, 36 ouvriers ou salariés, enfin 130 mineurs. Oui, ils étaient différents, encore que les travailleurs aient payé le plus lourd tribut, différent parfois aussi d’opinion ou de confessions religieuses. Mais ils étaient semblables en une chose : ils voulaient préserver la liberté de leur patrie, de notre patrie.

Et par leur suprême sacrifice ils nous ont donné une leçon que nous n’avons pas le droit d’oublier, sans trahir leur mémoire. C’est cette leçon que vous allez tirer pour nous. Monsieur le Président. Nul mieux que vous ne pouvait le faire puisque vous fûtes parmi les tous premiers de leurs compagnons, et puisque vous êtes aujourd’hui le représentant de cette Quatrième République qui tend à créer enfin le régime de liberté pour lequel ils sont morts. »

Mai 2005, inauguration de la plaque 218

Le 8 mai 2005, la 218e plaque, en hommage à Jules Douvrin a été dévoilée par le préfet Denis Prieur.


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Liste des noms inscrits sur les murs du mémorial

Fusillés en 1941

  • Albert Bekaert (21/08 ; 22 ans, Avion)
  • André Lefebvre(08/09 ; 30 ans, Hénin-Liétard)
  • Marcel Delfly (08/09 ; 40 ans, Harnes)
  • Alfred Delattre (08/09 ; 33 ans, Harnes)

Fusillés en 1942

Fusillés en 1943

Fusillés en 1944

Corps retrouvés dans un charnier en novembre 1944

Date d'exécution inconnue (année 1944)

  • Amédée Coinne (57 ans, Tournai)
  • Jean Tison (40 ans, Arras)
  • André Tempez (47 ans, Amiens)
  • François Revel (52 ans, Saint-Martin-au-Laërt)
  • Ernest Prarond (48 ans, Amiens)
  • Gustave Chevalier (39 ans, Saint-Omer)
  • Paul Caron (55 ans, Calais)
  • Germain Blevet (47 ans, Arras)
  • Pierre Baudel (39 ans, Arras)
  • Raoul François (64 ans, Arras)
  • Jean Cavaillès (41 ans, Paris)
  • Alfred Touny (58 ans, Paris)

Notes

  1. Nord-Matin, 21-22 octobre 1951.
  2. Nord-Matin, mercredi 16 juillet 1947.
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