Nécropole nationale Notre-Dame de Lorette

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Vue aérienne de la nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette
D'octobre 1914 à octobre 1915, la colline de Lorette[1], sise sur le territoire d'Ablain-Saint-Nazaire est l'objet d'une lutte farouche entre l'armée française et l'armée allemande. Cette position dominante ne s'élève qu'à 165 mètres au dessus du niveau de la mer, mais offre un observatoire exceptionnel sur le bassin minier. Par temps clair, on peut voir jusqu'à Lille, Hazebrouck et Cassel. De fait, c'est donc un point stratégique qu'il faut s'efforcer de posséder. Sur ces flancs, sont tombés près de 100 000 hommes et au moins autant de blessés, on l'appelle parfois butte de la mort.


Classement du site

Lorette a été classé site historique par décret du 27 décembre 1928 :

« Article 1er : est déclaré d’utilité publique le classement comme site historique de la colline de Notre-Dame de Lorette (Pas-de-Calais).

En conséquence, le préfet du Pas-de-Calais agissant au nom du département, est autorisé à acquérir, soit à l’amiable, soit par voie d’appropriation, conformément à la loi du 3 mai 1841, les terrains désignés au plan annexé par une teinte rose. Article 2 : le ministre de l’Intérieur est chargé de l’exécution du présent décret. »

Le site a été inscrit au titre des Monuments historiques dans le cadre de la thématique Grande Guerre (septembre 2017).

L'ancienne chapelle de Notre-Dame de Lorette

La colline de Lorette doit son nom à la chapelle édifiée en 1727 par le peintre Florent Guilbert, guéri dans la Santa-Casa de la vierge à Lorette d'Italie. L'oratoire avait été détruit en 1794, mais relevé en 1815, puis agrandi en église après 1870 par son desservant l'abbé Pingrenon. On y venait en pèlerinage de plus en plus nombreux.


La bataille de Lorette

Baptisée Côte 165 par les militaires français, la colline de Lorette devint bientôt la colline sanglante. Les troupes Bavaroises la conquièrent en octobre 1914. Mais c'est un emplacement stratégique que l'état-major français va s'employer à reconquérir lors des batailles d'Artois. Au cours de l'hiver 1914, elle est partiellement occupée par le 21e corps d'armée, mais les français n'arrivent pas à prendre l'avantage sur des allemandes particulièrement bien organisés sur le terrain en cinq lignes de défense. Le 9 mai 1915, trois régiments d'infanterie et trois bataillons de chasseurs montent à l'assaut de la colline. Ils reprennent le sommet de la côte, mais n'arrivent pas à pousser l'avantage et enfoncer plus avant les lignes ennemies.


La nécropole

La nécropole est un vaste espace de recueillement de près de 13 hectares (mesurant 645 mètres d'Ouest en Est, sur 200 mètres du Sud au Nord). Lorette est le plus grand cimetière militaire français : 40 058 corps y reposent dans des tombes individuelles et dans sept ossuaires.

Le noyau du cimetière national a été constitué par les sépultures des combattants enterrés sur le plateau de Lorette par les territoriaux des 58e, 85e et 141e RIT. Après la guerre, l'autorité militaire y a regroupé les morts du champ de bataille et de plus de 150 cimetières des environs. Quelques soldats étrangers, belges, roumains et russes y reposent également.


Surmontées dans un premier temps de croix en bois, comme dans tous les cimetières militaires français, les tombes de Lorette ont été surmontées par une croix en ciment à partir de mars 1933, sous la direction de M. Aulery. Les croix de bois retirées ont été par la suite repeintes en noir et utilisées dans les cimetières allemands que la France entretenait alors[2].


Vers la galerie des sépultures de Lorette

Aperçu de la galerie:


  • Les ossuaires[3] : L’ossuaire principal, celui qui enserrent les fondations de la tour-lanterne (dont la partie visible est la chambre ardente) accueille les ossements ramassés sur la colline de Lorette elle-même. Il existe sept autres ossuaires. Dans ceux-ci ont été regroupés les restes des militaires exhumés des cimetières communaux et fosses communes des environs et du Nord :
Répartition des ossuaires dans la nécropole de Lorette

Ossuaire n°1 : Arras (cimetière du Saint-Sacrement), Bapaume (cimetière communal), Bucquoy (cimetière communal), Fresnes-lès-Montauban, Gavrelle, Lorette (ancien cimetière), Neuville-Vitasse, Neuvireuil (fosse commune), Oppy, Ramillies (Nord), Souchez (sucrerie), Saint-Nicolas (cimetière communal et ancienne route de Bailleul).


Ossuaire n°2 : Agny (cimetière militaire), Anzin-Saint-Aubin, Écurie, La Chapelle (cimetière 2), La Targette (une partie), cimetière de la vallée, Thélus, Vimy, Wancourt.


Ossuaire n°3 : Cimetière de la Forestière, Souchez (sucrerie), Wancourt (fosse commune).


Ossuaire n°3 bis : Achiet-le-Petit, Acq, Aix-Noulette, Angres, Annay, Annequin, Berles-au-Bois, Biache-Saint-Vaast, Boiry-Sainte-Rictrude, Bois de la haie, Boisleux-au-Mont, Bucquoy (ferme Duquesnoy), Cagnicourt, Camblain-l'Abbé (cimetière annexe), Carency, Côte 119, Côte 140, Douchy-lès-Ayette, Duisans, Écoivres, Ennetières-en-Weppe (Nord), Étrun, Fresnoy-en-Gohelle, Gouy-en-Gohelle, Guémappe, Hamblain-les-Prés.


Ossuaire n°4 : Hénin-sur-Cojeul, Hersin-Coupigny, Houdain, Hulluch, La Motte (Belgique), La Targette, Les Pylones, Loos-en-Gohelle, Lorette (plateau), Mazingarbe, Monchy-au-Bois, Neuville-Saint-Vaast (Labyrinthe), Paillencourt (Nord), Roclincourt (château), Sailly-sur-la-Lys, Saint-Laurent-Blangy Souchez (Cabaret Rouge), Vermelles, Villers-au-Bois, Villers-Châtel, Villers-Station, Wailly, Wingles, Agny (cimetière militaire), La Targette (fosse commune), Saint-Nicolas.


Ossuaire n°4 bis : Achiet-le-Grand, Arras (Saint-Sauveur), Bailleul-Sir-Berthoult (fosse commune), Barastre, Beaulencourt, Beaurains, Beugny (Fosse commune), Blairville, Bois-Bernard, Feuchy, Givenchy-lès-la-Bassée, Hendecourt-lès-Ransart, Liévin, Neuvireuil, Saint-Hilaire-les-Cambrai (Nord), Serre-Hébuterne.


Ossuaire n°5 : Aix-Noulette (Zeffe ; Orchard ; Wosten), Anzin-Saint-Aubin, La Faisanderie, Foncquevillers, Grenay (cimetière du Maroc), Hannescamps (fosse commune), Hébuterne (cimetière militaire), Marqueffles, Saint-Nicolas, Vaulx-Vraucourt.


La Tour-Lanterne et la chapelle-basilique

Dès 1920, on décide de l'installation d'une nécropole nationale à laquelle il est donné le nom de Notre-Dame de Lorette. Dans le même temps, les personnalités de la région (dont Monseigneur Julien (évêque d'Arras), Charles Jonnart (président du conseil général), et le général Maistre) décident d'y élever une Tour-lanterne avec son ossuaire et une chapelle-basilique dont la réalisation est confiée à Louis-Marie Cordonnier, architecte de la région, membre de l'Institut (auteur du palais de la Paix à La Haye et de la basilique de Lisieux). Les travaux ont été exécutés par l'entreprise Thomas frères de Lille.

L'aménagement de la nécropole et la construction de la tour-lanterne et de la chapelle-basilique n'ont pas été faciles à cause de divers problèmes : mauvaise qualité du terrain devant servir d’assise aux deux partie du monument ; pas d’accès pour l’approvisionnement du chantier en matériaux ; séjour pénible aux ouvriers en raison du climat très rude du plateau et de l’isolement.

Le terrain est recouvert d’une épaisse calotte de glaise truffée de rognons de silex ; sous le soleil cette terre est rêche, cassante, crevassée ; sous la pluie c’est une boue tenace, insidieuse. Par ailleurs, les intenses combats qui ont marqués la colline pouvaient laisser craindre des risques certains d’affaissements, de tassements, de glissements, de découvertes de cavités larges et profondes.

Dans le cas d'une construction traditionnelle, ces contraintes auraient exigé l'emploi de fondation massive avec une large emprise. Mais l’ingénieur Morelle pensa à employer le béton armé et la pierre reconstituée pour résoudre le problème et permettre l'emploi de parois très fines si l'on considère la hauteur des deux édifices.


Tour-Lanterne

Elle s'élève à 52 mètres de hauteur ; sa base est un carré de 12 mètres de côté. La Tour-Lanterne est l'œuvre de l'architecte Louis-Marie Cordonnier. La première pierre de la tour-lanterne a été posée le 19 juin 1921 par le maréchal Pétain ; L'inauguration fut présidée par le président de conseil Paul Painlevé le 2 août 1925 en présence de 50 000 personnes.


Sur ses quatre faces se dessinent quatre immenses croix en reliefs, ornées de sculpture rappelant les attributs guerriers (dont le croix de guerre).


La tour a nécessité 700 mètres cubes de terrassement, et il a été employé pour sa construction un cube égal de béton. Son poids total est d’environ 1 250 tonnes se divisant en pierre (500 tonnes), gravillon (200 tonnes), sable (200 tonnes), ciment (250 tonnes, soit 5 000 sacs), acier (60 tonnes), divers (40 tonnes). La moitié du cubage des matériaux employés a servi pour l’établissement des fondations.


À l'occasion de l'inauguration de la Tour-lanterne, le poète Émile Poiteau composa quelques vers en hommage à l'ouvrage exécuté par l'architecte Cordonnier[4] :

« Phare du souvenir, semblable à ceux des ports

Et dont nous admirons la longue silhouette,

Baïonnette géante au sommet de Lorette

Qui semble miroiter entre les bras des morts,

Sentinelle avancée et veilleur solitaire

Qui, nuit et jour debout à ton poste éternel,

Monte la garde sainte auprès du vaste autel

Fait de glaise sanglante et de poudre d'ossuaire,

Ah! que regardes-tu toujours dans les lointains ?

- Je regarde s'enfuir les jours épouvantables,

« Et prenant à mes pieds des noms impérissables

Je les montre sans cesse à l'oubli des humains!... »


Immobile porteur d'une éternelle flamme,

Cierge du vœu sacré coulé dans du ciment,

N'es-tu point pour l'Artois bien mieux qu'un monument

Puisque de nos sauveurs tu gardes la grande âme ?

- Au cœur du cimetière empli d'égalité

Et couvert à jamais d'un linceul historique

Je suis la France même, émouvante et lyrique,

Droite sur des tombeaux remplis d'éternité !... »

Galerie Tour-Lanterne

La chapelle de Notre-Dame de Lorette

La nouvelle chapelle de Lorette a été bénie le 26 mai 1927 par Monseigneur Julien. Le toit de la chapelle est en tuiles de Bourgogne vieillies.

Elle a nécessité 1 000 mètres cubes de terrassement et il a été employé pour sa construction 1 800 mètres cubes de béton. Son poids total est d’environ 4 500 tonnes se divisant en pierre (1 500 tonnes), gravillon (1 000 tonnes), sable (900 tonnes), scories (300 tonnes), ciment (600 tonnes, soit 12 000 sacs), acier (150 tonnes), tuiles, briques creuses des voûtes et plâtre (50 tonnes). L’échafaudage utilisé pour la construction a nécessité l’emploi simultané de 10 kilomètres de perches et de madriers, tous les matériaux ont été montés à force de bras et aucun accident où incident ne s’est produit durant le chantier.

La pierre d’Euville employée provenait de démolitions au centre de la ville de Béthune, puis du démantèlement des remparts de Lille.

Les vitraux ont exécutés par le maître-verrier Lorin d’après les dessins de M. Pinta (prix de Rome). Le vitrail de Saint-Louis a été offert par MM. Pinta et Lorin en souvenir de leurs fils morts pour la France. Six vitraux du transept de la chapelle ont été offert par les britanniques (commission impériale des sépultures militaires britanniques), ils ont été exécutés par l’artiste anglais Payne. Ces derniers ont été offerts officiellement le dimanche 4 août par le ministre de la guerre anglais qui les a remis à monseigneur Julien (évêque d’Arras, de président de l’association de Notre-Dame de Lorette).

Les travaux de mosaïques à l’intérieur de la chapelle ont été réalisés par la maison Gaudin, de Paris.

Galerie chapelle

Mémorial international de Notre-Dame de Lorette

Voir Mémorial international de Notre-Dame de Lorette

Classement UNESCO

Proposé en 2015 pour la classement au patrimoine mondial de l'UNESCO (projet d’inscription des sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale sur le front ouest).

Bibliographie

  • Pour la genèse du projet, l'aménagement du site et la construction des édifices, voir La voix de Notre-Dame de Lorette, périodique.
  • Henri René, Lorette. Une bataille de douze mois : octobre 1914-octobre 1915, Paris : Perrin et Cie, 1916, 264 pages.
  • Pasteur Louis Vallery-Radot, Pour la terre de France par la douleur et la mort. (La colline de Lorette) 1914-1915, Paris : Plon-Nourrit et Cie, 1919, 211 pages.
  • Charles Guillemant, La colline sanglante Lorette - Monument aux morts - Appel aux souscripteurs, Arras : Société du Pas-de-Calais, 1920, 8 pages.
  • Auguste Leclercq, Notre-Dame de Lorette en France, en Artois, Arras : Nouvelle Société anonyme du Pas-de-Calais, 1927, 57 pages.
  • Ce qu'il faut savoir de Notre-Dame de Lorette. Aide-mémoire à l'usage des gardes d'honneur de Notre-Dame de Lorette, des pèlerins et des visiteurs avec plan du champ de bataille en cinq couleurs, Arras : Nouvelle Société anonyme du Pas-de-Calais, 1929, 40 pages.
  • Eugène Julien, Aux glorieux morts de Lorette (1921-1929), Arras : Nouv. soc. anonyme du Pas-de-Calais, 1930, 100 pages.
  • Notre-Dame de Lorette, Edia-Paris, 1930, 3e édition.
  • Jean-Marc Daniel, Notre-Dame de Lorette en Artois. Comment cet humble pèlerinage agreste est devenu une des stations de la piété nationale, dans l’ Algérie catholique 3e année n° 6, 1938, pages 5-12
  • J. Journet, Les combats de Notre-Dame de Lorette, Paris : Payot, 1939, 231 pages.
  • Georges Besnier, Notre-Dame de Lorette, Pont-de-Briques : Anc. Ets P. Gaultier, 1964, 26 pages.
  • Georges Lacroix, La dévolution ininterrompue à Notre-Dame de Lorette d'Ablain-Saint-Nazaire depuis ses origines jusqu'à nos jours (1727-1920), Arras : Association du monument de Notre-Dame de Lorette, 1969, 60 pages.
  • Georges Guitton, Arthur Mayeur, Lettres de guerre à Notre-Dame trouvées dans l'oratoire du parc de Noulette (Pas-de-Calais) le 4 juillet 1915, Paris / Achicourt : Spes, Impr. Nison-Lecointe, 1978, 60 pages.
  • René Jacques, Il y a soixante-dix ans ... Cent mille soldats (des deux camps) mouraient sur nos collines d'Artois, dans Plein Nord n°107, 1984, pages 17-20
  • Catherine Dhérent, Vimy-Lorette, Editions de la Voix du Nord collection Regards, Lille, 1995
  • Yves Costeur, Notre-Dame de Lorette en Artois. 139 questions et leurs réponses, 2001, 46 pages.
  • Yves Buffetaut, Notre-Dame de Lorette, Ysec éditions, 2008


La colline de Lorette et les ruines de l'église d'Ablain-Saint-Nazaire

Liens internes

Notes

  1. Précédemment dénommé "Mont de Coquaine" ou encore "Mont de Cocagne".
  2. « Adieu les Croix de bois », article du journal Le Grand Écho du Nord de la France, paru le 1er avril 1933.
  3. L’Écho de Lorette, 2e trimestre 1965.
  4. Poème d'Émile Poiteau, La Tour-Lanterne de Lorette, publié dans le Le Beffroi d'Arras le 31 juillet 1925 quelques jours avant l'inauguration de l'édifice
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