Thiembronne

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Thiembronne
Administration
Arrondissement de Saint-Omer
Canton Canton de Fruges
Code Insee 62812
Code postal 62560
Intercommunalité Communauté de communes du Canton de Fauquembergues
Statistiques
Population 695   hab.
Superficie 22,82 km2 
Densité 30  hab. par km2 
Autres
Site web


Territoire

Vue aérienne

La commune de Thiembronne se caractérise par l'étendue de son territoire qui a posé problème à ses maires et conseillers municipaux. Le grand nombre de hameaux et les distances les séparant ont particulièrement compliqué la réfection des chemins qui grève le budget de la commune au XIXe siècle, ainsi que la scolarisation progressive des enfants.

Toponymes

Les hameaux : le Loquin, le Blanc Mont, le Pont Gavelle, le Faÿ, le Bourguet, Écuire, la Bucaille, le Cloquant, Drionville.

Lieu-dit : les Bosquets Lemaire

Géographie

Climat

Durant les premiers jours de 1854, la commune de Thiembronne se trouve isolée par la neige rendant la circulation extrèmement difficile. L'hiver 1853-54 est rude et nombre de communes se mobilisent pour porter secours aux plus démunis. A Thiembronne, le Bureau de Bienfaisance qui compte parmi ses membres le maire et le curé, lance une souscription qui permet de redistribuer aux pauvres du village 300 kilos de pain chaque semaine.

1873, Camille Rebergue, cultivateur domicilié à Thiembronne, souhaite un dédommagement pour le passé et des travaux pour l’avenir concernant les eaux torrentielles venues causer des dégâts importants à sa propriété, dues aux fâcheuses dispositions du chemin longeant sa propriété et de l’insuffisance du pont à l’extrémité de sa grange. Le conseil a fait un état des lieux depuis l’inondation : les remblais sont faits dans les normes, le pont est suffisant, les travaux faits par Rebergue pour établir un manège ont fait disparaître la digue qui avait été préventivement ménagée à l’angle de sa grange. L’écoulement des eaux était déjà ralenti auparavant par un arbre qu’il avait laissé obstruer le fossé, presque à l’entrée du pont. La commune n’est pas responsable de l’accident qui peut arriver chaque fois que des bâtiments sont dans le voisinage des rivières ou dans les bas fonds. Le conseil ne peut donner satisfaction au réclamant, en revanche, ce dernier est tenu de se mettre à l’alignement, d’exhausser sa grange et d’y faire un mur en briques jusqu’en haut du mur ou au moins au niveau du terrain.[1]

Archéologie

  • Une masse perforée a été découverte dans le petit vallon de la Gavelle qui pourrait dater de - 4 000 ans environ.[2]
  • À plusieurs reprises ont été trouvées sur le territoire d'anciennes monnaies : une monnaie d’or de Constantin en particulier aurait été ramassée[3],[4],[5]
  • Site gallo-romain : au lieu dit de la Vallée Haigny, des tuiles et des tessons ramassés dans un rayon de 150 mètres environ, témoignent sans doute de l’emplacement d’une ancienne villa. À proximité de la route qui mène de Thiembronne à Drionville (peu après le calvaire, en allant vers Drionville sur le côté droit) ont été découverts, dans un champ, quelques vestiges d’âges divers. A côté de deux outils en pierre taillée (époque néolithique ou après), furent recueillies des tuiles romaines, de la céramique de la même époque, de la céramique médiévale et post-médiévale. La poterie gallo-romaine consiste en une vingtaine de tessons de terre grise sableuse, dont la moitié de rebords et assez divers. Cette céramique doit dater du IIe siècle. La céramique médiévale et post-médiévale est plus abondante : céramique commune grise, dont quelques rebords de tèles datent des XVe et XVIe siècles.[6]

Histoire

1801-1808 « Ouragans »

Le 19 décembre 1801 (28 frimaire An X), le conseil municipal de Thiembronne demande un secours ou un allègement des contributions suite aux dégâts occasionnés par un « ouragan » : le maire argue des « rapports d’un grand nombre de citoyens de la commune sur les dégâts occasionnés par l’ouragan du 18 brumaire dernier, desquels il résulte que les maisons, granges et autres bâtiments ont éprouvé une telle secousse que des parties de toits furent découverts, d’autres renversés, ou même des toits (?)et des murs détruits de fond en comble », « une multitude d’arbres de toute espèce a été arraché emportant dans leur chute rapide des masses de terre (?), dépouillant ainsi les manoirs et causant d’autres dégradations ». Un devis estimatif des dégâts doit être dressé avec l’assistance d’un charpentier et d’un couvreur en paille, MM. François Ducamp et Pierre Canut. Le 2 janvier 1808, un autre « ouragan », mentionné dans le compte des recettes et dépenses du 19 février suivant : la commune a dû procéder à une réparation urgente de la rue Becquétoile. [1]

1836-1887 - Litiges de terrains

1836 - Refus d'inhumation

« Le village de Thiembronne, si renommé pour le tilleul majestueux qui ombrage les alentours de son église, a l'avantage de posséder outre ce géant de la végétation, un curé et un vicaire pour desservir la paroisse. Ainsi plus heureux que la plupart des habitants des communes rurales, ceux de Thiembronne peuvent toujours compter que quand leur curé est absent, ils trouveront son substitut prêt à leur administrer les secours spirituels ; mais comme abondance de biens devient quelquefois nuisible, il arrive de temps à autre que les deux fonctionnaires ecclésiastiques de Thiembronne ne sont pas d'accord ; et alors grand est le scandale que leurs différents occasionnent, c'est ce qui vient d'avoir lieu.

Une jeune fille était accouchée de deux enfants et l'un d'eux étant mort, on le portait au cimetière pour l'inhumer. La fosse était faite, et l'on ne s'attendait à aucune opposition à l'enterrement, lorsque le curé et le vicaire passèrent. Or, le pasteur tient beaucoup, à ce qu'il paraît, aux anciens privilèges du clergé, et il interdit qu'on enterrât en terre sainte un enfant qui n'avait point été lavé de la souillure originelle par les eaux du baptême ; le vicaire, d'une opinion contraire, se permit quelques observations et prétendit que M. le curé outrepassait ses droits. De là, contestation assez vive entre ces deux dignitaires laquelle se termina, comme on s'y attend bien, par le silence du subordonné, et l'individu qui portait le cercueil n'osant résister se retira et alla enterrer l'enfant dans son jardin.

La victoire du curé eût donc été complète, si la commune de Thiembronne n'avait eu un maire qui comprend assez bien ses devoirs pour ne pas permettre aux ministres des cultes de refuser l'inhumation à qui que ce soit, et l'on nous assure qu'il a porté plainte au procureur du roi de Saint Omer contre le curé. Nous verrons quelle suite sera donnée à cette affaire.[7] »

1848 - Un buveur volé

« Un vol de 200 francs, au préjudice du sieur Delozière, cultivateur à Thiembronne, est imputé au sieur Jacques-Antoine-François Duchaussois, âgé de 69 ans, né à Thiembronne, dit l'Avocat,
Quiconque a beaucoup vu
Peut avoir beaucoup retenu,
et à César Navarre, cultivateur, demeurant aussi à Thiembronne.
Nous nous ferions un scrupule, en vérité, après la déposition si nette et en même temps si originale du sieur Delozière, d'aller chercher autre part que dans cette déposition elle-même les éléments de notre récit. Ecoutons donc ce témoin respectable... Soyons toute oreille... Le voici qui se dresse sur sa chaise ; le voici sur son séant !! Le voici qui va parler... qui parle... qui a parlé...,
« El deux novimbre, a-t-il dit, j'alloé al foere d'Fauquembergues pour voer eche notère Bret pour l'y d'mender quate chints fr.; leyant rencontray y m'remet chelle somme. - J'in boutai l'mitant et j'partis aveuque l'restant pour Thiembronne après avoer bu des gloria tant qui y ne a. - J'rencontray in q'min Duchaussoé et Navarre et ons intrames ché Wilquin, cabaretié. - Là j'ai frituré un héring ; ons avons prins deux, tros, quate gloria qu'j'ai païés in tirant m'nargint des m'poche ; j'ai fait querre queques pièches blanques ; elle féme Wilquin et Duchaussoé les ont ramassées, j'les ai remis din m'poche et ons avons incore pris un gloria. - J'ai demandé à partir. Wilquin qu'est brave comme César et qui voyo m'nétat a dit : Si té parte y faut laiché ichi et n'argint. Ah ouiche ! j'étoé parti!!
M. le président. - Seul ?
Le plaignant. - Oui, aveuque Navarre et Duchaussoé ; si bin qu'Wilquin y dit : té là din eune bonne compagnie ! - Wilquin voyo l'manigance del cose ; mais cheux-chi vouloitent à toutes forches m'conduire.
M. le président. - Le cabaretier vous donnait un excellent conseil qu'il eut été dans votre intérêt de suivre.
Le plaignant. - Duchaussoé print un crinchet pour voer sin quemin ; Navarre, ly print eune boutelle ed cognac pour n'pont querre faibe in mitant d'chelle route ; l'un a print min bras gauche, l'autre a print min bras drot. Ons partimes ; j'alloé aussi vite qué l'diligince. Au bout d'quèques pas chelle candelle s'a éteint, et on sommes r'partis du même trin ; mais éche qui m'étonnoé chez quin plache ed prinde chelle route ed Thiembronne ons préniâmes chelle route ed Fauquembergues.
M. le président.- En reconnaissant qu'on vous égarait, pourquoi n'avez-vous pas fait observer à vos compagnons que ce n'était pas là le chemin à suivre ?
- Le plaignant. - Navarre m'avoé dit qui faloé aller à Fauquembergues, car sans cha qu'jauroé heu l'lendemain esche l'hussier Réant au ... à min .., o savez à min quoé min président. Chi ben qué quand Wilquin, qui voyé l'cose, cria qui n'falloé pont aller dé côté là, on l'y répondit que chi.
M. le président. - Les avertissements ne vous ont pas manqué ; vous voyez aujourd'hui le danger de boire tant de glorias. (on rit)
Le plaignant. - Cha ché vraimint vrai ! Arrivés à ch'mont Evintai, Duchaussoé, qui m'tenoé l'bras gauche, m'lacha et m'fit triboulé in bas din chelle creuse ; jé m'fis un borgnon à m'noeil.
M. le président. - Qui vous aida à vous relever ?
Le plaignant. - Chest eusse ! esse sentis qui glissoetent leux mins din m'culotte, sauve vot respect, y m'catouilloettent, qué m'nargint défiloé.
M. le président. - Vous rappelez-vous bien cette circonstance ?
Le plaignant - Tas de voleux ! qué j'dis...Et quand y m'ont arlévai j'navoé pu qué 55 sous ed deux chints francs.
M. le président - Qu'ont-ils répondu à vos reproches ?
Le plaignant - Y m'ont dit qu'on avoé voulu m'asasiner et mont fait boëre un eaux à chelle boutelle ed cognac et au sommes arpartis comme el vint chez Navarre à Fauquembergues. - Jé n'peut pont dire là éche qui s'est passay ; tout esse qué s'sait, ché qu'après avoer bu eune goutte, jé m'suis trouvé su l'quémin.
M. le président. - A quelle distance étiez vous alors de chez vous et à quelle heure y êtes-vous arrivé ?
Le plaignant. - J'avoé à peu près un bon quart d'heure ed quémin à faire ; il étoé j'suppose minuit, eune heure ; jé n'suis arrivé qu'à chinque à m'mason. - Emme finme m'a flanqué eune boule ; elle vouloé savoir où étoé m'nargint. - Quand j'ai étai un peu rapurai j'ly ai conté l'affaire. Vla m'navinture !..
M. le président. - Quelle est la réputation des deux prévenus ?
Le plaignant. - Y n'ont pont été condamnai pour avoer étai deux foé alle messe !! (rire général) ».
Les dépositions des témoins, achevant d'éclairer la religion du tribunal, Duchaussois est condamné à un an et Navarre à 15 mois de prison. Et v'la l'histoère ! s'écrie le plaignant.[8] »

1914-1919

1943 - Bombardements à Drionville

La construction d'un site de V1 au Bois Garet, au hameau de Drionville, amène en 1943 son lot de bombes alliées destinées à anéantir les positions de tir de l'ennemi. Le 23 décembre, 300 bombes explosives de 500 kilos et plus sont larguées au-dessus des travaux militaires de Drionville, entre 14 h 20 et 15 h 30. On déplore un tué et trois blessés, tandis que de nombreuses maisons sont endommagés. Le lendemain, veille de Noël, vers 15 heures, plusieurs centaines de bombes explosives sont à nouveau lâchées au-dessus du site, par une centaine d'avions répartis par escadrilles de 18 appareils. Pas de victime cette fois-ci, les habitants déjà sinistrés ayant dû quitter le hameau.[9]

Archives et documents

Patrimoine

Lieux et monuments

  • La motte castrale de l'ancien château

Habitat

  • La motte du Blamont (aujourd'hui nommé Blanc Mont) se situe dans le bois à l'est de l'église. Accrochée vers le haut d'un abrupt boisé, elle est dissymétrique, entourée d'un profond fossé de 150 mètres de circonférence, dans lequel Dom Boutry a découvert des artefacts néolithiques. À hauteur du plateau une saignée isole la motte.[10][11].
  • La motte d'Écuire, située au lieu dit les pâtures sèches, entre le bois de Thiembronne et Écuire est demeurée intacte. Adossée à un dénivelé de terrain et une haie, elle mesure 15 mètres de diamètre et 3 mètres de hauteur. On trouve mention dans la documentation de seigneurs d'Équirre au milieu du XIIIe siècle.[11][12][13]
  • Une autre motte se situe dans le centre de Thiembronne (lieu dit le Bois du Plouy) : la motte du village.

Patrimoine religieux

  • L'église Saint-Pierre-ès-Liens est un édifice du style gothique du XVe siècle, élevé de 1863 à 1866, pour remplacer une construction sans caractère dont il ne subsiste aujourd'hui que la sacristie, ancienne chapelle seigneuriale.

Thiembronne compte aujourd'hui encore trois chapelles qui témoignent du regain de la ferveur religieuse de la fin du XIXe siècle jusqu'à la seconde guerre mondiale.

Hormis ces lieux de culte, la commune dont l'apogée démographique au XIXe siècle a pu l'animer de presque un millier d'âmes, a successivement possédé deux presbytères et une maison vicariale.

A la fin du XVIIe siècle, André Thomas, abbé de Saint-André, envisage une congrégation de six abbayes dont Saint-André serait la maison-mère. L’une d’elles devait être fondée au Val Restaut, dédiée à Sainte-Marguerite, et abritant une centaine de religieux. Les moines devaient y faire drap et toile de leurs habits, récolter les légumes, seuls aliments permis avec lait, beurre, bière et cidre. Abstinence et jeûne sévère à cause des faibles revenus du prieuré.Mais le projet fortement controversé fut abandonné quelques années plus tard.

Patrimoine éducatif

Patrimoine économique

Foires et marchés autour de Thiembronne au XIXe siècle

L'abbé Leroux rappelle qu'au début du XVIe siècle, Thiembronne, placé sous coutume boulonnaise, était devenu l’un des plus importants villages de la région : en conséquence il était autorisé à ouvrir plusieurs foires annuelles, ce qui suscita les protestations des magistrats de Saint-Omer en 1501[14].

Au XIXe siècle, Thiembronne connaît son apogée démographique, approchant le millier d'âmes. Les registres des délibérations municipales de cette époque mentionnent les diverses foires auxquelles se rendaient les villageois, ainsi que les marchés environnants. Les municipalités étaient consultées chaque fois qu'une commune souhaitait créer sa foire ou son marché, ou encore en déplacer la date.

Ces mentions sont intéressantes dans la mesure où elles nous donnent une idée du rayon de chalandise du village[1] :

  • 18 mars 1829 : Le conseil de Seninghem demande l’autorisation d’établir une 2e foire le 10 mai, et un marché le 1er mardi de chaque mois. Les membres du conseil de Thiembronne sont d’avis qu’ils ne sont pas nuisibles à la commune « mais qu’il conviendrait mieux que le marché fut établi à Lumbres, vu les mauvais chemins qu’il y a pour se rendre à Seninghem, au lieu que les chemins pour se rendre à Lumbres sont beaucoup plus commodes pour la commune et les communes avoisinantes ».
  • 10 septembre 1854 : Le conseil d’Hucqueliers veut déplacer la foire aux poulains et juments du 14 novembre au 23 septembre, changement sur lequel le conseil doit donner son avis, la commune de Thiembronne étant située dans un rayon de deux myriamètres de celle d’Hucqueliers. Le conseil donne son accord.
  • 13 août 1865 : Le conseil de Thiembronne donne son accord pour que la foire d’hiver de Saint-Omer ait lieu les 15 jours à partir du 15 février.
  • 15 août 1875 : Le conseil de Thiembronne donne son accord pour la création d’un second franc-marché à Desvres le 4e mardi du mois et d’un marché aux veaux le mardi de chaque semaine.
  • 10 mars 1878 : Le conseil de Thiembronne donne son accord sur la création de deux foires annuelles à Nielles, les 2e lundi de mai et octobre.
  • 9 juin 1878 : Lumbres demande le rétablissement d’un marché hebdomadaire qui se tenait le vendredi de 10 h 30 à 14 h 30, d’un franc-marché les 2e et dernier vendredis de chaque mois, et de deux foires annuelles les 1er mai et 9 octobre. Le conseil de Thiembronne donne son accord car Lumbres est bien desservie en routes et chemins.
  • 25 juin 1882 : Le conseil de Thiembronne donne un avis favorable à la création d’un 2e marché mensuel à Fléchin, le dernier mercredi de chaque mois, ainsi que d’une foire le 2e mercredi d’avril.

Patrimoine ethnographique

Pour tous les Thiembronnais, le Gros Tison c'est la rue du château, voire le château lui-même qui domine encore aujourd'hui le village. La légende rapporte qu'un des seigneurs de Thiembronne, fait prisonnier à la bataille d'Azincourt, demeura en captivité durant plusieurs années. A son retour au château, son absence ayant été si longue, il aurait dit-on trouvé un arbuste poussé dans la cheminée de sa demeure. Dès lors, on aurait appelé le château le gros tison[14]

Les sorciers[15]

« Au degré de civilisation auquel nous sommes arrivés aujourd'hui, on s'étonne surtout que les présidents et des parlements entiers aient pu montrer tant d'ignorance dans les procès scandaleux intentés aux sorciers ; enfin on peut à peine croire de nos jours que des misérables aient été condamnés, et en si grand nombre, à expirer sur le bûcher pour s'être dits sorciers ou avoir été supposés tels.

Il en était cependant ainsi dans le bon vieux temps ; chacun a entendu parler de la malheureuse Rolande de Vernois, de Madeleine de la Palud, du jésuite Gérard, et de la fameuse affaire qu'eut à démêler avec le diable le maréchal de Luxembourg. Et ne remontons pas si avant dans les siècles, la requête au roi du parlement de Rouen et l'ordonnance de Louis XIV contre les sorciers, et la présence du diable à Amiens, en 1746, sont autant de preuves historiques de la crédulité de nos ancêtres.

Alors, il faut le dire, l'empire d'une sage philosophie n'était pas encore commencé et les plus habiles magistrats étaient dupes des intrigues de certains moines intéressés à multiplier les exorcismes qui les faisaient vivre dans l'abondance. La tournure uniforme que présentent tous les procès de sorcelleries démontrent assez clairement qu'il existait une ligue puissante contre les progrès de la raison, et que l'on ne faisait paraître le diable, de temps en temps, que pour retenir le peuple dans une profonde ignorance. Quelquefois aussi on se servait des confessions de Satan exorcisé pour affermir la foi chancelante dans les choses incompréhensibles ; il ne serait même pas étonnant que ceux qui jouaient des rôles si ridicules dans les cérémonies du Sabbat fussent des moines pour la plupart.

Les jeunes gens ne parlaient que des abominations infernales dans les veillées de famille ; les prêtres recommandaient au prône et au catéchisme de ne pas lier commerce avec les démons. Que pouvait-on raisonnablement espérer de semblables discours ? La jeune fille à l'imagination ardente qui avait entendu parler des joies du Sabbat en rêvait la nuit ; elle avait vu la grande assemblée, Satan l'avait initiée à de grands mystères, les songes étaient pour elle la même chose que la réalité. Depuis quelques années déjà, l'instant est venu où les erreurs doivent faire place à la vérité. Cependant de nos jours nous avons encore eu la croix de Migné, le prince de Holenhoe, le pluie de cailloux de Nordausques, et voici venir les sorciers de Thiembronne. Ce n'est pas que de nos jours il y ait des moines cependant, mais c'est que de nos jours il y a encore force badauds.

Un mot des sorciers contemporains de Thiembronne ; voici comme les gens superstitieux du village en racontent l'histoire : Une vielle dame, âgée de plus de quatre-vingts ans, veuve depuis longues années déjà habite une maison à Thiembronne, la même qu'elle habitait avec son époux, et François son fils y demeure avec elle. C'est cette maison que les sorciers ont choisie pour établir leur quartier général ; c'est là qu'ils viennent de temps à autre commettre un délit prévu par le code pénal ; c'est là qu'ils viennent faire du tapage nocturne, en évitant toutefois l'escalade et le bris de clôture, car ces Messieurs, à ce qu'il paraît, s'introduisent dans la maison par la cheminée ou le trou de la serrure.

Voilà qui est connu, avéré et qui jette la rumeur parmi les meilleures gens du village. Mal vous prendrait de leur dire qu'il n'y a plus de sorciers, ils vous traiteraient d'imbécile ; c'est ce qui m'est arrivé de la part de l'esprit le mieux diabolisé du lieu.

Bref, ne croyez pas que ce soit exclusivement la nuit que se rassemble la milice sorcière de Thiembronne, et qu'elle choisisse de préférence le vendredi pour mettre sens dessus dessous la maison de la bonne vieille dame ; les sorciers modernes n'ont pas cela de commun avec les anciens, autre temps, autres mœurs ; comme les peuples, ils se sont faits une nouvelle charte, ils se sont émancipés et tous les jours conviennent à leurs bacchanales ; ils ont de plus supprimé le sabbat, où ils étaient obligés de se présenter, à cheval sur des manches à balai graissés d'onguents diaboliques ; ils l'ont supprimé comme nous avons supprimé la Bastille, la poudre à poudrer et les cartes de visites de la nouvelle année.

Ne croyez pas non plus que les sorciers de Thiembronne soient aussi mauvais que les ogres qui aiment la chair fraîche des petits garçons et des petites filles, ou terribles comme les dragons et les orphéotélistes qui enlèvent les femmes mariées et cassent les reins à leurs maris en leur donnant des coups de bâton ; non, ceux-ci sont infiniment moins cruels, ils se contentent de casser les plats et les assiettes, de faire pétiller les tisons dans le foyer, et d'ouvrir les robinets des tonneaux au cidre pour que la liqueur s'en écoule ; aussi lorsque Madame Del... va tirer du cidre de sa cave, elle trouve la tonne vide et le cidre répandu ; je connais des individus qui ne sont pas sorciers, tant s'en faut mais qui agiraient cependant avec plus de malice, ils préfèreraient le boire.

Ce n'est pas là la seule frasque que Messieurs les sorciers jouent à la bonne dame de Thiembronne ; est-elle à tricoter des bas ou à éplucher tranquillement de la salade, la bûche domestique s'agite tout à coup dans l'âtre et envoie dans l'appartement de longues étincelles qui courent s'attacher de préférence à la veuve Del... Cependant il faut le dire à la louange des malins esprits qui savent si bien agiter la bûche de leurs invisibles mains, jamais la vielle dame ne fut brûlée elle-même par les gerbes de feu ; son jupon et son casaquin ont seuls été victimes jusqu'à présent de ce bombardement magique. Voilà certes du surnaturel dans toute la force du terme ; mais cela n'est encore rien en comparaison de ce qui s'est passé la semaine dernière dans cette maison que visitent fréquemment aujourd'hui les sorciers à défaut des vieux châteaux qui seuls avaient l'avantage autrefois de servir de réunion à la cohorte des diables, magiciens, incubes, succubes, démons, ondins, fées, salamandres, etc.

Donc, c'était la semaine dernière, il était soir, et la dame Del... était au coin du feu à deviser paisiblement avec son fils François ; tout à coup un verre tombe du buffet, tout naturellement on le ramasse ; mais bientôt sept ou huit assiettes prennent le même chemin et se brisent en éclats sur le plancher ; puis, c'est une jatte qui saute par ci et une bouteille par là. Que faire pour mettre ordre à cette révolution de vaisselle ? Le fils François tremblant de tous ses membres court au voisinage demander main-forte, tandis que la bonne vieille dame asperge son appartement avec de l'eau bénite. Mais le nombre d'ennemis n'effraie pas les sorciers ; à peine les voisins, armés de bâtons, sont-ils arrivés dans la maison que le fracas recommence de plus belle ; on transporte les plats du buffet dans une salle voisine, et à peine les a-t-on déposés sur le lit qui s'y trouve, qu'ils se mettent à battre des entrechats et à rouler au milieu de la salle où ils se brisent en morceaux. Tous les assistants sont frappés de terreur de se regarder alors et de regretter d'être venus dans un lieu si diabolique.

Toutefois un conseil est donné par le plus malin de l'assemblée que l'on exécute aussitôt ; on emplit un panier avec le restant de la vaisselle et l'on pose dessus deux bâtons joints en croix. Miracle ! Miracle ! les sémillantes assiettes restent tranquilles et l'on respire, ce qui fut de courte durée, car ayant déplacé la croix pour mettre encore un plat dans le panier, et ayant oublié de la replacer, à peine a-t-on les talons tournés que l'ensorcelé panier se vide et que tout ce qu'il renfermait est gissant en éclat sur le parquet de la salle, ce qui fait que de toute la vaisselle, et la dame Del... en était bien fournie, il ne reste pas même un verre et une assiette.

Voilà ce qui met pour le moment tout le village de Thiembronne en émoi ; les femmes craignent surtout qu'il ne vienne à l'idée des sorciers de faire de cette commune le lieu de leur domicile habituel et se mettent sur leur garde ; aussi une bonne villageoise qui, était entrée chez un marchand de faïence pour y acheter quelques assiettes, changea-t-elle bientôt d'avis en pensant que les sorciers pourraient s'amuser à les faire sauter, ce qu'elle déclara de la façon la plus franche en prenant la résolution de se procurer de la vaisselle en étain. On ne peut se faire une idée de la superstition de la portion crédule du lieu, en dépit des sages remontrances que le pasteur du village a faites à ses ouailles à cette occasion pour déraciner de leur esprit la malheureuse croyance si outrageuse pour la religion. On nous racontait encore hier qu'un enfant ayant ramassé quelques éclats de beaux plats rouges que le diable avait cassé chez la veuve Del... et les ayant portés chez lui pour jouer, sa mère se mit à faire des hauts cris et le forcer dans son épouvante, à les jeter dans la rue en disant qu'ils lui porteraient malheur.

Au reste, il n'est guère dangereux de croire aux sorciers de nos jours, et en 1836 il est même permis de se croire ensorcelé, sans que l'on soit passible d'obtenir d'autre peine que d'obtenir une place à Charenton, ce qui vaut infiniment mieux que d'être écartelé, écrasé, brûlé comme l'a été le malheureux Urbain Grandier suspecté de magie.

Les faits que nous venons de rapporter sont des faits vrais, ils forment un beau sujet de dissertation que nous laissons à l'abbé Fiat qui a fort éloquemment prouvé que les sorciers avaient fait la révolution française, dans son ouvrage intitulé : De la France trompée par les magiciens et démoniatres du 18e siècle ; le bon homme, si toutefois le bon homme vit encore, pourra peut-être expliquer les sorcelleries de Thiembronne par l'apocalypse, comme il a expliqué la chute de la Bastille par les pères de l'église...

En attendant, nous pensons qu'une jeune servante sortie il y a quelques jours de chez la bonne vieille dame Del... pourrait mieux que qui que ce soit nous éclairer à ce sujet, s'il faut ajouter foi au dire de certains habitants de Thiembronne qui ont le malheur de ne pas croire aux sorciers. »

Lutte contre les incendies au XIXe siècle à Thiembronne[1]

Les matériaux de construction

Les constructions se font encore en torchis au début du XIXe siècle, on sait que le premier presbytère reconstruit en 1834 était en pisé, et si l’on en juge la rapide dégradation de la première école bâtie en 1838, on peut aisément conclure qu’il en était de même.

Durant tout le XIXe siècle, la municipalité lutte contre les incendies qui ravagent les villages ainsi construits de matériaux inflammables. Les maisons accolées, aux toits de paille et chaume, souvent encombrées de branches et arbustes divers favorisent la propagation du feu. Certains villages tels Bouvelinghem ont connu des incendies fulgurants et dévastateurs nécessitant la reconstruction intégrale d’une rue.

La brique s’impose au fur et à mesure dans les constructions nouvelles, les écoles, le nouveau presbytère, la chapelle du Rosaire (1889), mais aussi le château, seront construits en partie en brique (et pierre). Vers la fin du siècle, la commune se dote de matériel et d’une association de sapeurs pompiers.

La vigilance des fumeurs de pipes

Déjà en 1802, la mairie procède à une prévention contre les incendies. Il est rappelé qu’il ne faut pas fumer dans les rues, cours, écuries, étables, granges, greniers et autres, sans couvert à sa pipe. Les parents sont responsables de leurs enfants. « Beaucoup d’individus de cette commune et autres se permettent de fumer dans les rues, cours, et bâtiments sans que leurs pipes soient couvertes », provoquant des incendies, « dans les cours des cabaretiers où l’on joue aux quilles ».

L’inspection des cheminées

Une visite des fours et cheminées est effectuée une fois par an, par le maire, le garde champêtre et un maçon.

Patrimoine commémoratif

Économie

Vie quotidienne

Associations d'hier et d'aujourd'hui

Personnes

Les maires

Liste des maires successifs[1]
Période Identité Étiquette Qualité
2000 en cours Sylvie Roland    
1971 22 septembre 2000 Gérard Le Vasseur de Fernehem    
1945   Gérard Pruvost    
1944 1945 Émile Hecquet    
1944   François Cadet    
1937   Édouard Chochoy    
1919   Joseph Le Vasseur de Fernehem    
1906   Edmond Cache    
20 mai 1888 1900 Louis Guerlet    
1874   François Le Vasseur de Fernehem    
22 août 1852   François Dufay    
23 juillet 1852 22 août 1852 Auguste Macau    
9 mai 1850 23 juillet 1852 Joseph Longuet    
2 janvier 1849 mai 1850 Joseph Dufay    
12 avril 1842 décembre 1848 Jacques Cadet    
18 septembre 1841 3 octobre 1841 François Bouffe    
18 octobre 1840 1841 Isidore Joseph Ducrocq    
11 août 1837 18 octobre 1840 Auguste Macau    
9 octobre 1830 11 août 1837 Jacques Lemaire    
15 juillet 1816 4 décembre 1826 Étienne François Le Vasseur de Fernehem   Propriétaire cultivateur
15 juin 1815 14 juillet 1815 Jacques François Dufay    
30 janvier 1808 15 juin 1815 Étienne François Le Vasseur de Fernehem   Propriétaire cultivateur
1805 30 janvier 1808 Eustache Macau    
31 décembre 1801 1805 Joseph Warnier    
  31 décembre 1801 Guislain Gobert    
Toutes les données ne sont pas encore connues.

Les conseillers municipaux

Les Gardes champêtres

La garde nationale

Les natifs de Thiembronne décorés de la Légion d'Honneur

Démographie [16]

Évolution démographique (Sources : Cassini[17] et INSEE[18])
1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1851 1856
1 065 864 785 1 033 913 1 075 1 082 1 056 1 006 950
1861 1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896 1901 1906
1 012 973 1 003 1 054 1 011 963 969 923 909 846
1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954 1962 1968 1975
826 773 761 734 742 730 723 701 694 645
1982 1990 1999 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
621 597 621 695
De 1962 à 1999 : Population sans doubles comptes. Depuis 2006 : Population municipale.


Notes et liens

Bibliographie

  • Abbé Jules Leroux, Histoire de Thiembronne, Saint-Omer : Imprimerie d'Homont, 1912, 364 pages.

Elle constitue une monographie communale de nos érudits locaux des plus réussies. Ce livre a été réédité en 2017 par Alain Cadet et se trouve disponible ICI

  • Abbé Robert, Notice historique sur Thiembronne.
  • Sophie Léger, « Le développement de l'instruction primaire à Thiembronne au XIXe siècle », dans Bulletin historique du Haut-Pays, tome XVII, n°67-68, 2004, pages 89-104.

Liens internes

  1. 1,0, 1,1, 1,2, 1,3 et 1,4 Archives municipales de Thiembronne, registres aux délibérations, relevé Sophie Léger
  2. Pierre Demolon et Jean Hurtrelle, « Instruments perforés du Pas-de-Calais », Bulletin de la Société préhistorique française, tome 71, n° 6, juin 1974.
  3. Abbé Jules Leroux, Histoire de Thiembronne, Saint-Omer, 1912, p.  6
  4. Roland Delmaire, Bulletin Historique du Haut-Pays n° 14, Comité d'histoire du Haut-Pays, 1977, p.  185
  5. Georges Pontier, L'arrondissement de Saint-Omer dans le passé et le présent, p.  15.
  6. J. Lefebvre, « Un site gallo-romain à Thiembronne », Bulletin Historique du Haut-Pays n° 12, Comité d'histoire du Haut-Pays, 1976, p.  XVIII.
  7. Le Mémorial Artésien du 2 juin 1836, « Nouvelles »
  8. Le Mémorial Artésien du 12 février 1848 - Police correctionnelle. Audiences des 1er et 8 février 1848
  9. Jacky Landriu, Bombardements dans l'arrondissement de Saint-Omer (1940-1944) Mémoires de guerre n° 8, Comité d'histoire du Haut-Pays, 1996.
  10. Dom Boutry, Répertoire archéologique du Nord et du Pas-de-Calais, tome II, Tumulus, Mottes et ouvrages en terre.
  11. 11,0 et 11,1 Philippe Queste, Le château dans l'Audomarois médiéval, Comité d'histoire du Haut-Pays, Études et documents n° 16, 1997.
  12. Dom Boutry, Mottes répertoire inédit
  13. Francis Perreau, Guy Lefranc, Mottes castrales et sites fortifiés médiévaux du Pas-de-Calais,
    Mémoires de la commission départementales d'histoire et d'archéologie du Pas-de-Calais, tome 36, Arras, 2005, p.  227-229.
  14. 14,0 et 14,1 Abbé Jules Leroux, Histoire de Thiembronne, Saint-Omer, 1912
  15. Le Mémorial Artésien du 4 février 1836, « Les sorciers de Thiembronne ».
  16. Cassini
  17. Population avant le recensement de 1962
  18. INSEE : Population depuis le recensement de 1962