Monument aux 73e RI, 273e RI et 6e RIT

De Wikipasdecalais
Aller à : navigation, rechercher


Le 28 mai 1933, Béthune inaugurait, en présence du général Duchêne, un monument à la mémoire et à la gloire de ces trois régiments. Il est l'œuvre du sculpteur Paul Graf, de l'architecte René Deligny et de l'entrepreneur Canler.

En octobre 1871, le 73e de ligne entre à Béthune pour y tenir garnison. En août 1914, le 73e quitte la ville avec le 273e et le 6e territorial. Pendant cette période ces régiments tinrent garnison à Béthune, Hesdin et Aire-sur-la-Lys, dont on retrouve les armes sur le monument commémoratif de Béthune.

Béthune Hesdin Aire

Premier coup de pioche

Les premiers coups de pioche pour l'élévation du monument ont été donné le jeudi 16 février 1933, jour anniversaire de la dissolution du 73e RI en 1920[1].

L'inauguration

Monument au 73e régiment d'infanterie

Le journal Le Réveil du Nord rapporte l'inauguration du monument dans son édition du 29 mai 1923 :

« Pour commémorer le souvenir et la gloire des anciens régiments d’infanterie, les 73e, 273e et 6e RIT qui tinrent garnison à Béthune et qui, pendant la guerre, firent sur les divers points du champ de bataille preuve de la plus grande bravoure et du plus sublime sacrifice pour la défense et la liberté du pays, un comité dont on ne saurait trop louer la noble initiative s’est constitué à Béthune dont le but était l’érection d’un monument digne du courage et de l’abnégation des vaillants régiments aujourd’hui dissous.

Le comité d’érection avait à sa tête un mutilé de guerre, M. de Bailliencourt, ancien sergent du 73e, amputé d’un bras. Avec l’aide des camarades anciens combattants ayant tous combattu sous les plis du drapeau du 73e, les fonds nécessaires furent vite recueillis et la construction du monument fut poussée avec rapidité. Il est complètement terminé et se dresse, simple et majestueux sur la place Lamartine, l’une des mieux située de la ville.

Hier, dimanche, c’était le jour choisi pour l’inauguration du monument des héroïques régiments dont le souvenir tient au cœur de la population béthunoise, ainsi que les villes d'Aire-sur-la-Lys et d'Hesdin qui eurent la fierté et le privilège d’avoir en garnison des fractions de ces anciens régiments d’infanterie.

Le programme de l’inauguration avait été dressé d’une façon remarquable et la cérémonie qui se déroula sous la présidence d’honneur de M. le Président du Conseil, ministre de la Guerre et du maréchal Pétain, représentés officiellement par M. le général Duchêne, membre du conseil supérieur de la guerre, et sous les auspices des municipalités de Béthune, Aire-sur-la-Lys et Hesdin, fut à la fois émouvante et grandiose.

La réception du drapeau du 73e

La glorification des anciens régiments ne pouvait être complète sans la participation d’au moins un des emblèmes de ces glorieuses formations, le drapeau du 73e qui depuis la dissolution du régiment est confié à un piquet d’honneur d’un autre brave et glorieux régiment, le 110e d’infanterie. C’est à 8 heures 30 qu’eut lieu à la gare la réception du drapeau du 73e et de la compagnie de tradition du régiment dont les hommes portent sur les manches de leur capote le mémorable écusson. En même temps, eut lieu l’arrivée et la réception de la musique du 1er RI de Cambrai, qui pour la circonstance prêtait son précieux concours. Après la réception, le piquet d’honneur, muni du glorieux drapeau et la musique se rendirent à l’hôtel de ville, suscitant au passage l’admiration de la population.

Les assemblées générales des officiers de réserve et des anciens des 73e et 273e

Afin de donner plus d’éclat à la journée d’inauguration, l’union des officiers de réserve de l’arrondissement que préside M. le colonel Monbailly et l’amicale des 73e et 273e avaient fait coïncider la tenue de leurs assemblées générales qui eurent lieu, la première Salle du théâtre, et l’autre salle du Foyer. Le piquet d’infanterie avec la drapeau du 73e que précédait la musique du 1er RI dirigée par le lieutenant chef Preux vint se ranger square du théâtre au milieu d’un concours immense de la population, en attendant l’arrivée de M. le général Duchêne, représentant le ministre de la Guerre.

Le temps qui paraissait douteux s’améliora à 10 heures 45 et l’arrivée du général fut signalée par un peloton de gardes mobiles à cheval. La musique du 1er RI exécuta la Marseillaise. Après avoir salué le drapeau du 73e le général fut salué et reçu par MM. le colonel Monbailly, Alexandre Ponnelle, maire de Béthune, Lefebvre du Prey, ancien ministre, sénateur du Pas-de-Calais, Jules Appourchaux, député, le docteur Thilliez, conseiller général, et les membres du comité de l’union des officiers de réserve. Le général Duchêne fut alors introduit dans la salle du théâtre où il présida officiellement l’assemblée. Le colonel Monbailly lui souhaita la bienvenue et lui exprima ses remerciements ainsi qu’à M. le ministre de la Guerre d’avoir bien voulu venir présider la réunion ainsi que la cérémonie d’inauguration. M. Liégeois donna lecture du rapport morale et M. Legay, celle du rapport financier. M. Mametz, commissaire aux comptes, certifia l’exactitude des chiffres. (…)

La présentation du drapeau du 73e et la remise de décorations

A l’issue de l’assemblée des officiers de réserve et de celle des anciens du 73e et du 273e qui fut présidée par le colonel de Bonnefoy, ancien colonel du 73e, toute l’assistance vint se ranger place du square du théâtre. Le général Duchêne salua et présenta le glorieux drapeau du 73e. Cette cérémonie fut réellement émouvante.

Le général s’exprima en ces termes : « anciens du 73e et du 273e, je vous présente le drapeau du 73e ; il est beau et glorieux ; sous ses plus vous avez combattu, vous avez souffert. Il symbolise vos sacrifices et vos aspirations. Saluons-le avec vénérations et confiance, il est le tableau rayonnant de la France victorieuse ».

Le général Duchême procéda ensuite à la remise de la Légion d’honneur au médecin-major commandant Hecquet, au lieutenant Bersoux, lieutenant Lallemand, lieutenant Hanique, lieutenant Claude, lieutenant Héripret, lieutenant Noël, lieutenant Bardou et au lieutenant Wantiez, puis la médaille militaire aux soldats Lesage, Delvallée, au sergent Desailly, et la médaille du Nicham el Anouar à l’adjudant-chef Hénin, du bureau de recrutement. Après cette remise de décoration, la musique du 1er RI exécuta l’hymne nationale.

Au monument aux morts

Un cortège se forma pour se rendre, précédé de la musique et du drapeau du 73e, au monument élevé à la mémoire des Béthunois tombés au champ d’honneur. De la place du 73e le cortège gagna la rue de Lillers où avait lieu un banquet, salle Leblond. (…)

L’inauguration officielle

À la sortie du banquet, un nouveau cortège se forma auquel vinrent s’ajouter les nombreuses sociétés participant au festival et l’on gagna place Lamartine où eut lieu l’inauguration officielle du monument du 73e au milieu d’une foule considérable. Des discours furent successivement prononcés par MM. Dailliencourt, président du comité d’érection, qui remit le monument à la garde de la population béthunoise ; Alexandre Ponnelle, maire de Béthune, qui raviva le souvenir des anciens régiments ; Malme, président des anciens du 73e de Paris, au nom des anciens de l’hôtel de ville ; Jules Appourchaux, député du Pas-de-Calais ; Lefebvre du Prey, ancien ministre, sénateur du Pas-de-Calais ; et enfin par le général Duchêne, au nom du ministre de la Guerre et du maréchal Pétain.

À l’issue des discours la musique exécuta la Marseillaise et quelques autres morceaux de circonstances.

Le défilé

Après la cérémonie du monument qui fut favorisée par le beau temps eut lieu un immense défilé à travers les rues de la ville et auquel participaient de très nombreuses sociétés. Place du Maréchal Pétain eut lieu enfin le salut du drapeau de l’ancien régiment par toute la population, puis eut lieu la dislocation.

Des concerts furent donnés par l'harmonie municipale et l'harmonie les Amis Réunis d'Haillicourt. Les réjouissances se prolongèrent tard dans la soirée. Béthune a rendu l'hommage mérité à son ancien et toujours glorieux régiment. »


La foule à l'inauguration. En bas à gauche, le député Jules Appourchaux durant son discours ; à droite la remise de décoration par le général Duchêne.

Le Grand Écho du Nord de la France, dans son édition du 29 mai 1933, donne de précisions complémentaires sur le déroulement de la cérémonie d'inauguration et les discours :

« À 15 heures 30, tout Béthune se trouvait rassemblé place Lamartine et dans les rues adjacentes, autour du monument modeste, mais de belle allure, conçu par M. Deligny, architecte, ancien du 73e est réalisé par M. Graff, sculpteur à Paris. Nous avons donné la photographie de cette œuvre qui s’élance élégante et symbolique au milieu d’un square coquet.

Aux personnalités présentes aux assemblées du matin et au banquet vinrent se joindre les représentants des villes d’Aire-sur-la-Lys et d’Hesdin, ou avant la guerre, était caserné deux bataillons du 73e.

Les drapeaux des scouts entourent le monument, tandis que celui du 73e se place devant, face au public. Les sonneries retentissent, le voile tricolore qui couvre le mémorial tombe et M. Jehan de Bailliencourt –en une brève allocution remercie la municipalité et la population de leur appui moral et financier en vue de l’érection du monument qu’il confie à la ville.

M. Ponnelle, maire, remercie le sympathique président du comité, assure que les habitants veilleront sur cette œuvre du souvenir. Il fait ensuite l’historique du 73e, durant tout son séjour à Béthune où il faisait partie intégrante des habitants. Il rend hommage à ceux qui conçurent exécutèrent cette belle allégorie.

M. Balme, président de l’amicale de Paris des anciens du 73e, rend un hommage ému aux gars du nord et du Pas-de-Calais dont il se plaît à rappeler d’héroïques faits d’armes. Il tient à dire que les originaires d’autres régions qui eurent l’honneur de venir combler les vides creusées dans les trois glorieux régiments béthunois se sentent fils d’adoption de Béthune. Les trois unités sont dissoutes, mais ce monument perpétue leurs souvenirs.

M. Ficquet, vice préside du conseil municipal de Paris, apporte global de la capitale aux vaillants fils de la région du Nord. Il salue le nom du maréchal Pétain, fils d’Artois et affirme que tout ce, qui de Paris, vinrent se battre aux côtés des enfants du Pas-de-Calais et du Nord garderont leurs leçons d’héroïsme et de modestie.

M. Appourcheaux, député, évoque à son tour la grande histoire des 73e, 273e et 6e régiment d’infanterie. Cette cérémonie est un appel à l’union des forces vives de la nation qui doit puiser dans le passé sa foi en ses destinées.

M. Lefebvre du Prey, sénateur, ancien ministre, rappelle qu’en 1914 comme à présent, la France ne voulait que la paix. Elle fut attaquée, elle sut se défendre et vaincre. L’histoire est, hélas, un perpétuel recommencement. Sans doute les gouvernements font leurs efforts pour assurer la paix dans la tranquillité, il faut espérer que les nations comme les individus en viendront un jour à soumettre leur conflit, non à la force, mais à l’arbitrage. En attendant, il faut se tenir prêt, car rien ne dit qu’un peuple ne sera pas frappé de folie belliqueuse et ne nous obligera pas, comme il a 19 ans, à entendre l’appel angoissant de la patrie menacée.

Détail du monument au 73e régiment d'infanterie

Le discours du général Duchêne

M. le général Duchêne rappelle brièvement, année par année, de 1914 à 1918, les pages glorieuses écrites dans l’histoire par les trois régiments dont le monument inauguré évoque le souvenir.

Après la guerre ces trois régiments furent supprimés, mais il reste à exprimer les sentiments qu’inspire leur héroïsme. «  Sentiment d’admiration pour l’effort soutenu cinq années durant ! Effort de géant, unique dans l’histoire des peuples, fournis par des hommes, hier simples citoyens, aujourd’hui soldat d’élite. Soldats indifférents au danger et à la mort, insensibles aux privations et aux fatigues, toujours égaux avec eux-mêmes, dans la boue de la Somme, la neige de Verdun, comme sous le soleil ardent des plaines crayeuses de Champagne, que n’avait-on dit dans les années précédant la guerre, sur la possibilité ou se trouverait des hommes à soutenir longtemps la lutte moderne. Quel démenti des faits, quand on vit des Français de tour en, de tout métier, de toutes opinions et croyances, fondus entre eux dans la solidarité des tranchées, unis par le même idéal de salut du pays.

Sentiment de reconnaissance envers les 2271 morts du 73e régiment d’infanterie, les 1209 du 273e et les 189 du 6e régiment d’infanterie territoriale. Pertes auxquelles viennent s’ajouter les blessés, les mutilés. Lourde rançon de la victoire, si lourde qu’on entend parfois dire que puisque la paix n’a pas rendu ce qu’on en attendait, ces sacrifices ont été vains. Paroles sacrilèges, si l’on songe à ce que serait devenue la France vaincue, à la merci d’un vainqueur décidé à le mettre hors de cause, au rang des nations de second ordre. Dans les moments troublés que nous traversons du point de vue extérieur, certains Français ne manquent pas de déclarer que la guerre est un fait inévitable demain, d’autres disent qu’elle peut être abolie pour toujours. Puissent ces derniers dire vrai. Entre ces extrêmes incertains, une certitude existe, aujourd’hui comme en 1914, comme en 1792, la république française profondément pacifique et humaine désire ardemment vivre en pleine harmonie avec tous les peuples. L’armée n’a qu’un but, défendre le pays contre son agresseur, maintenir intacte le sol national, nos liberté, notre indépendance. Ce sentiment, cette volonté, cette force, il faut l’entretenir tant que l’horizon ne sera pas complètement éclairci. Que nos enfants soient pénétrés de ce principe, que si la guerre d’agression est un crime odieux, la guerre de défense et le premier devoir du citoyen.

Au nom du président du conseil, ministre de la guerre, que je représente, je m’incline avec respect, avec émotion et confiance devant ce monument, pour la gloire qu’il symbolise, pour les sacrifices qu’il évoque, et le devoir qu’il nous dicte. »

Après ces paroles, transmises par haut-parleurs et écoutées avec une émotion grandissante par la foule, la Marseillaise fut exécutée, puis à travers la ville, défilèrent les sociétés. »

Galerie

Lien externe

Notes

  1. Journal de Bruay, 26 février 1933.
MemoiresPicto.png